Fiche documentaire

Barron-Vialle

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Vue générale des usines, catalogue Barron-Vialle, p.1, imprimé par B. Arnaud, Paris
Fondation de l’automobile Marius Berliet - Lyon

C'est vers 1900 que Vialle fait l'acquisition d'un atelier de charronnage à Tulle (Corrèze). Son choix ne se fait pas par hasard: c'est là qu'il a fait son apprentissage quelques années plus tôt. Très vite, Vialle fait prospérer son affaire en construisant des carrosseries hippomobiles et automobiles. Mais en 1909, un incendie détruit son atelier. Loin de se décourager, Vialle décide de quitter sa ville natale. Attiré par la renommée de Lyon, dont la réputation de centre de construction automobile n'est plus à faire, il installe ses nouveaux ateliers à Monplaisir, impasse des Quatre Maisons, près de la toute nouvelle usine de Marius Berliet. 

En moins de trois ans, sa réputation est établie. Les véhicules qui sortent de chez Vialle sont connus pour leur finition irréprochable. Il habille les marques les plus célèbres: De Dion-Bouton, Rochet-Schneider, Cottin & Desgouttes… C'est lui également qui livre les calèches destinées à la cour de Russie. Bientôt, les hangars de l'impasse des Quatre Maisons ne suffisent plus. Vialle construit une usine, toujours à Monplaisir, au 32 chemin des Alouettes. Nous sommes en 1912, c'est un tournant important pour la marque qui dispose pour la première fois d'une usine moderne.

Pour répondre à la demande du gouvernement, Vialle débute la fabrication de camions destinés à l'armée. Il fait appel à l'ingénieur Barron, un technicien confirmé qui a travaillé chez Clément-Bayard, Berliet et La Buire. Barron dessine un camion de 4 tonnes, à transmission par chaînes, entraîné par un moteur à pétrole de 4 cylindres 100x140 de 22ch. Ce véhicule se caractérise par son pont arrière à grande démultiplication, sa simple banquette, son absence de cabine et de pare-brise.

Une seule version est prévue: elle est équipée d'un plateau à ridelles bâchées et de roues métalliques à bandages en caoutchouc plein, jumelées à l'arrière. Rapidement, les camions de la marque sont équipés d'un pont arrière porteur breveté Vialle, à transmission par cardan. Ces véhicules sont remarqués pour leur souplesse et leur endurance. Ils répondent aux services demandés sans la moindre faiblesse. Après avoir livré des véhicules à l'armée, Barron-Vialle débute, au bout d'un an, la vente de camions et de cars alpins à la clientèle civile. 

Jusqu'à la guerre, l'impasse des Quatre Maisons continue ses activités initiales sous la raison sociale Carrosserie de Luxe et de Tourisme A. Vialle. Chemin des Alouettes, l'usine qui produit les camions a pour dénomination: Véhicules Industriels Barron-Vialle et Cie. La marque est née. 

Entre 1913 et 1933, sont déposés 9 procès-verbaux de réception aux Mines Françaises. Certaines séries sont équipées de moteurs Barron-Vialle, pour d'autres on fait appel aux Ballot: des 4 cylindres de 12, 18 et 24ch. Début 1914, une partie des usines Farman, repliées de Billancourt, s'installent impasse des Quatre Maisons. Les ateliers leur seront vendus à la fin de la guerre.

En 1920, Vialle implante une nouvelle usine en Isère, sur une propriété de 100 hectares, à Arandon. Il y entreprend une nouvelle activité: la rénovation de voitures de chemin de fer. Cela lui permet de tenir alors que la vente des véhicules industriels neufs est concurrencée par celle des surplus de guerre. La rentabilité de l'usine d'Arandon permet de financer un nouveau projet: la conception et la production d'une voiture de luxe. 

En 1923, Vialle fait connaissance d'un technicien de talent, l'ingénieur Gadoux, un ancien de Clément-Bayard et de Delaunay-Belleville. Gadoux a quitté en 1919 le poste de sous-directeur d'Hispano-Suiza pour étudier une voiture de 6 cylindres pour le compte de la Société des Automobiles Six, ou Fabrique Alsacienne de moteurs automobiles de Strasbourg. Le modèle est présenté au salon de 1923: il va servir de base à la nouvelle Barron-Vialle.

Problème de susceptibilité, conceptions techniques différentes, toujours est-il que dès l'arrivée de Gadoux, Barron quitte la société. Il ne tarde pourtant pas à revenir en tant que fournisseur. Il vient en effet d'acquérir la licence de fabrication de l'excellente boîte de vitesses américaine Campbell, qu'il construit désormais dans son usine de Bron. 

Dès le début de la crise de 1929, Vialle cède son usine de Lyon aux Etablissements Marmonier et décide de transférer tout son matériel à Arandon pour ne plus fabriquer que des véhicules industriels. Parmi ceux-ci, on remarquera notamment un autobus entièrement métallique de 30 à 55 places, équipé d'un moteur essence 8 cylindres de 115ch, ainsi qu'un camion de 7 tonnes 500, motorisé par une mécanique essence 4 cylindres de 65ch. 

Vers 1934-35, et après avoir testé un Continental américain, une petite série de véhicules est équipée d'un moteur diesel CLM (Cie Lilloise des Moteurs). Les usines Barron-Vialle cessent toute activité en 1937. Deux ans plus tard, les locaux désaffectés servent de toit aux réfugiés de la guerre civile espagnole… Quant à monsieur Vialle, il abandonne définitivement le monde de l'automobile pour devenir maire d'Arandon.