Fiche documentaire

Diederichs

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Voiture Diederichs type sport, avec cardan à billes, publicité, 1914
Fondation de l’automobile Marius Berliet - Lyon (1914)

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Calandre Diederichs, gros plan, vers 1914
Fondation de l’automobile Marius Berliet - Lyon (-1914)

C'est au début du XIXe siècle que la famille Diederichs quitte la vallée de Munster pour venir fabriquer des limes dans le Dauphiné. Elle s'installe à Saint-Barthélemy près de Beaurepaire, puis l'un de ses fils, Théophile Diederichs, se fixe à Bourgoin-Jallieu, toujours dans l'Isère, pour prendre la direction d'une affaire de tissage mécanique. Il donne un nouvel élan à son entreprise et entreprend de construire lui-même ses métiers à soie. En 1884, avec l'aide de deux de ses fils, Charles et Frédéric, il étend ses fabrications à toute la mécanique textile: dévidoirs, ourdissoirs, bobinoirs…

On observe ici un glissement tout à fait significatif dans l'activité de cette entreprise. D'autant que Charles, le fils aîné, un ingénieur formé à l'Ecole Centrale de Lyon, s'intéresse à toutes les formes de mécanique. En 1878, il a déjà construit un monstrueux tricycle à vapeur, une locomotive routière capable de rouler à 25km/h. 

Inutile de préciser que cette machine a fait sensation dans les petites rues calmes de la paisible cité dauphinoise. Une aventure qui n'est pas restée sans lendemain: la ville de Bourgoin-Jallieu a utilisé pendant des années le tricycle à vapeur de Charles Diederichs pour combattre les incendies.

Dans leur usine de la rue Poncottier, les frères Diederichs continuent d'innover. Ils commencent par mettre au point différents modèles de moteurs à explosion, puis des automobiles. Des brevets pour des moteurs et un système d'allumage sont déposés en 1887. A l'Exposition Universelle de Paris en 1889, les frères Diederichs présentent même un moteur fonctionnant à l'huile lourde. Mais bientôt, ils en reviennent à leur activité initiale en se concentrant à nouveau sur le tissage mécanique. 

Ce n'est qu'une dizaine d'années plus tard, que Théophile Diederichs, le frère de Charles et Frédéric, retourne au monde de l'automobile en prenant la direction de la société Pilain à Lyon. L'année suivante, il quitte ce poste pour créer sa propre entreprise, la Société des Automobiles Diederichs et Cie, qu'il installe au 6 Petite Rue Neuve dans le quartier des Charpennes à Lyon. Nous sommes en 1912, les premières Diederichs vont pouvoir prendre la route.

Ces voitures sont de grosses et robustes routières dont le principal signe distinctif est le radiateur parfaitement rond en laiton poli. Le moteur des Diederichs est fourni par une autre marque de la région: Luc Court. Il s'agit d'un groupe borgne semi-culbuté de 10 à 12HP à soupapes opposées, équipé d'une magnéto Bosch et d'un carburateur Zénith. Les premières Diederichs type A ont une transmission sans cardan. Leurs organes de propulsion et de transmission constituent un assemblage rigide et indéformable, réuni dans une suite de carters concentriques parfaitement étanches. 

Cet ensemble est articulé à l'avant sur une sphère placée sur la traverse du châssis, et repose à l'arrière sur les ressorts de suspension. Ce châssis est identique dans sa conception à celui de la Simplicia, fabriqué par Lacoste et Battmann dans leur atelier de Levallois.

Cet ensemble rigide rend la suspension assez ferme, le poids mort non suspendu étant mal réparti. Si ce principe est acceptable sur une voiture légère comme la Cognet-de-Seynes, une telle solution est peu probante sur une grande routière. En 1914, l'ingénieur Chavrier, chef du bureau d'études, décide d'abandonner ce système et charge son adjoint André Cote de dessiner une transmission normale avec un joint à cardan à la sortie de la boîte de vitesses. Grâce à cette modification, la suspension des Diederichs est nettement améliorée.

Sur les premiers modèles de 1912-1913, le châssis en tôle d'acier emboutie est livrable, au choix du client, en 2 empattements: 2,70m ou 2,80m. Les prix des châssis nus, sans pneus, sont respectivement de 6250 et 6500 francs. Le catalogue 1912-1913 montre 4 carrosseries de tourisme différentes: torpédo 2 et 4 places, coupé chauffeur et limousine. 

Seul l'empattement de 2,80m figure sur le dépliant publicitaire des premiers modèles 1914, et le prix de 6500 francs est maintenu. Ce document propose 3 carrosseries: un torpédo 2 places, un torpédo 4 places et une conduite intérieure, toutes différentes de celles du précédent catalogue. Au début de l'été 1914, le capot tonneau est remplacé par un capot classique et le radiateur circulaire laisse sa place à un coupe-vent, bien dans le style de l'époque. 

L'activité de Diederichs cesse à la déclaration de la guerre en 1914. A cette époque, l'usine située Petite Rue Neuve ne compte qu'une vingtaine de personnes, y compris le service commercial et le bureau d'études. Il faut dire que chez Diederichs, il n'y a jamais eu à proprement parler de fabrication, mais seulement du montage. En dehors des moteurs livrés par Luc Court, les châssis et les engrenages venaient de la région stéphanoise. 

Les carrosseries étaient confiées quant à elles à des spécialistes comme Chaussende. A la mort de l'entreprise, la cadence de fabrication était de l'ordre de 2 châssis par mois. La production totale pour 1912, 1913 et 1914 doit se situer aux environs de 60 véhicules. Le dernier modèle Diederichs encore existant est conservé au Musée de Rochetaillée (Rhône). Il s'agit d'un torpédo 4 places de type A, le douzième sorti de la petite usine du quartier des Charpennes à Lyon.