Fiche documentaire

Ateliers de Mécanique du Centre
Berliet et ses fournisseurs: les Ateliers de Mécanique du Centre, extrait de Berliet Informations n°160, septembre octobre 1967

En consultant le bilan financier de Berliet on s'aperçoit que les fournisseurs et sous-traitants occupent la première place à la rubrique des charges de l'entreprise. Les achats de matières premières, d'organes et de fournitures extérieures pèsent sensiblement plus lourd que la rémunération du travail. Près de 1500 fournisseurs principaux représentent 99% de nos achats. 

AMC vient en 47e position et s'inscrit dans les achats pour près de 4,5 millions de francs par an. Les deux firmes entretiennent des rapports particulièrement étroits. Il y a entre elles une certaine parenté: dans les deux cas, il s'agit d'entreprises familiales nées de l'artisanat avant d'atteindre la dimension industrielle, un certain "esprit maison", l'importance du contexte régional. Toutes proportions gardées, elles suivirent l'une et l'autre une évolution parallèle.

Dans les vignes

C'est en 1920 que les frères Louis et Henri Chartoire fondent une modeste société pour la fabrication des paillons de bouteilles. La main-d'oeuvre, la matière première (la paille) et le débouché (les sources d'eau minérale abondent dans cette région volcanique) étaient sur place. Le marché du paillon était à prendre. L'usine située au cœur des vignes se développa. Elle produit bientôt 100000 paillons par jour.

En 1931, l'entreprise devient société anonyme et groupe quatre usines à Clermont, Estivareilles, Usson-en-Forez et Le Vauriat. Depuis 1932, AMC, pressentant la concurrence des produits nouveaux, développe la fabrication en série de pièces et de sous-ensembles dans ses ateliers de mécanique et commence à faire de la sous-traitance pour le compte de Michelin, et en 1937, les Manufactures Nationales lui passent des commandes d'armement qui représentent bientôt sa principale activité. Vers le milieu de l'année 1938, la Société pour l'exécution de ses ordres a besoin de tours à charioter. Elle passe commande de machines à un constructeur qui ne peut livrer. AMC décide alors de construire les tours qui lui sont nécessaires. C'est la naissance des tours AMC. Cinq cents ouvriers travaillent en trois équipes, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sur une superficie de 9960m2 dont 3784 couverts.

AMC a déjà pris l'habitude des séries. La sévérité des contrôles militaires l'a entraîné à ne livrer que des pièces rigoureusement conformes aux normes les plus draconiennes. Le pli de la qualité est pris. AMC n'est pas près de le perdre.

Champion du monde

Passionné de mécanique, Henri Chartoire dessine le premier moteur à explosion à quatre temps culbutés de 98cm3 de cylindrée. Ce moteur destiné aux motocyclettes connaît un succès rapide. La gamme s'élargit avec l'apparition des nouveaux modèles de 125, 175, 250cm3. En 1950, leur production dépasse 1000 unités par mois. En 1955, AMC démarre dans la fabrication des moteurs deux temps et pulvérise à Montlhéry cinq records du monde avec son moteur de 98cm3 monté sur une moto Riva Sport en roulant 48 heures à 80km/h de moyenne. Avec une prescience aiguë la direction prévoit la récession qui frappera le marché des deux-roues. Depuis 1956, elle prépare sa reconversion et surtout le développement de la sous-traitance. Deux ans plus tard, un accord technique est conclu avec la Société Minière et Métallurgique du Périgord du groupe Pont-à-Mousson pour la concession de la marque AMC dans le domaine de la machine-outil. Un département "travaux de série" est créé, il illustre cette nouvelle orientation. Berliet compte parmi les premiers clients en 1956 avec General Motors, Massey Ferguson et Panhard. La fabrication des moteurs s'arrête en 1958. Depuis 1960, AMC se consacre désormais à la fabrication sur plans des sous-ensembles et des pièces mécaniques destinés à l'industrie.

Vers l'auto et les poids lourds

Aujourd'hui l'entreprise emploie 300 personnes: 10 ingénieurs et cadres, 25 agents de maîtrise, 90 régleurs et ouvriers professionnels, 155 ouvriers (dont une forte proportion de femmes travaillant au contrôle) et 20 employés. Elle compte parmi ses principaux clients les constructeurs d'automobiles et de poids lourds (notons en plus de Berliet: Fiat France, Perkins, Citroën, Panhard...), des fabricants de matériel agricole (Massey Ferguson, Caterpillar, International Harvester, Ford, Poclain), des spécialistes de l'électroménager, etc.

AMC a su faire face à une concurrence de plus en plus difficile, grâce à ses facultés d'adaptation. Depuis deux ans, la firme s'est lancée dans l'exportation, avec prudence et ténacité. Actuellement son activité est uniquement basée sur l'exécution, suivant spécifications de ses clients, d'ensembles complets ou de pièces mécaniques en série.

Les travaux de grandes et moyennes séries sont réalisés sur des machines-outils à cycle automatique par une main-d'oeuvre spécialisée, solidement encadrée par des régleurs professionnels. Dans cette deuxième branche AMC ne compte que environ 75 concurrents sur le territoire national.

Une politique d'investissements bien comprise et intelligemment suivie, une alliance heureuse d'expérience et de modernisme, de souplesse et de rigueur, de dynamisme et de sagesse, permettent à AMC de tenir un rang très honorable dans la compétition internationale. La firme a su faire son profit des techniques de pointe employées par ses principaux clients. Elle possède depuis juin 1967 un laboratoire de contrôle qui ferait pâlir d'envie des sociétés plus importantes qu'elle. Elle est équipée notamment de microscopes métallographiques, de machines d'essais universelles, d'analyseurs de carbone, etc. Une métrologie moderne, climatisée, filtrée, équipée très complètement avec machine à relever les hélices et les profils, rugosimètre, est le cœur du service qualité. Déjà, d'autres entreprises clermontoises font appel à ses services. Non seulement AMC respecte les exigences de ses clients, mais va bien souvent au-delà, et elle s'est taillé une réputation inattaquable dans des fabrications très spécialisées: pompes à huile, ensembles hydrauliques de moyenne et haute pression, pièces pour boîtes de vitesses, pignonnerie, etc.

Avec Berliet, 10 ans de route

AMC livre à Berliet 100 pièces diverses, dont une douzaine d'ensembles soit, au total, quelque 500 pièces différentes, ceci à des cadences qui s'échelonnent de 200 par mois à 200 par jour. AMC réalise avec Berliet le cinquième de son activité.

Les pompes à huile

Elles viennent en tête. AMC réalisa d'abord des pièces détachées pour les pompes, puis les douze types de pompes à huile destinées à tous les moteurs Berliet. Leur poids varie de 6 à 10kg. Elles se distinguent d'une série à l'autre par les particularités du circuit intérieur, la pression et le diamètre du pignon de commande.

En 1964, année faste, elle les a livrées à la cadence de 2000 par mois. La pompe est au moteur ce que le cœur est à l'organisme humain. Sans elle le moteur ne tournerait pas. Avant son invention les moteurs étaient graissés par barbotage selon une méthode empirique qui ne permettait pas au lubrifiant d'atteindre toutes les pièces de la mécanique.

La pompe aspire l'huile dans un réservoir placé sous le moteur avant de la redistribuer sous pression par tous les vaisseaux de la mécanique jusqu'aux pistons, aux paliers et aux bielles. Elle débite environ 62 litres à la minute sous une pression d'environ 6,8kg. La marge de tolérance est de l'ordre de 500g en plus ou en moins.

La pièce est constituée d'un corps et de deux couvercles en fonte, de deux ou trois bagues, deux axes en acier allié, d'un pignon de commande en acier forgé, un clapet de sécurité avec ressort, un frein, des vis de fixation, soit 52 pièces au total. Chacune de ces pièces est usinée dans des chaînes parallèles qui convergent aux postes de montage. Deux ouvriers professionnels effectuent les 9 opérations de montage à la cadence de 11 minutes par pompe (ceci grâce aux pré-montages justifiés par ces longues séries). Une fois terminées, les pompes passent deux par deux au banc de rodage qui assurera leur bon fonctionnement en réduisant les aspérités et en augmentant les surfaces de contact.

Après 11 nouvelles minutes de ce traitement, on vérifie au banc d'essais si les pompes débitent bien à la pression voulue (pendant 5 minutes à la pression de 4kg à 1 600tr/mn puis pendant 6 minutes à la pression de 6,8kg à 1800tr/mn). Ainsi s'achève le montage placé sous le signe des 3x11: 11 minutes pour le montage, 11 minutes pour le rodage, 11 minutes pour les essais.

Après lavage dans un bain de pétrole puis essorage, les pièces sont vérifiées, mises sous sac de polyéthylène et expédiées. Avant d'en arriver là, la pièce aura subi toute une série de contrôles: contrôle volant, contrôle inter-opérations, et contrôle avant livraison. Pour augmenter leur efficacité, AMC exige que chaque contrôleur signe son travail. Pour toute pièce défectueuse, il est aisé de remonter à la source. Cette méthode a fortement contribué à accroître le sens des responsabilités au sein de l'entreprise.

Les paliers relais

Ils sont fournis à l'usine de Bourg au rythme de 150 à 200 par mois. Ils sont destinés aux ponts arrière des GBC8 KT. Le montage de leurs 41 composantes exige15 opérations et 60 minutes: pose des bouchons graisseurs et des chemins de roulement, trempe, dégraissage, pose des joints d'étanchéité, fixation des arbres et des manchons, réglage, blocage des couvercles, rodage... Cette cadence inférieure à celle des pompes à huile s'explique par le fait qu'il s'agit là de petites séries ne justifiant pas les prémontages. Notons parmi les autres fournitures livrées à Berliet:

Les pignons de distribution et les pignons à chaînes sont livrés en plusieurs milliers d'exemplaires par mois dans 5 types différents depuis 1957.

Dix types de vis de tachymètres pour la commande des compteurs de boîtes de vitesses.

Ensembles de leviers pour commandes de boîtes de vitesses (12 séries).

Rotules de direction et de suspension usinées depuis 1960 à partir du brut: ébauche, cémentation, filetage, perçage, ébavurage, trempe, rectification…

Quatre modèles d'axes d'entraînement et entraîneurs.

 (Sept 1967)