Le carburant national : Le Gazogène

Le développement au cours des années 1920 et 1930 d’un carburant de substitution destiné au transport routier

La grande pénurie du pétrole en France lors de la Première Guerre mondiale a poussé les autorités à promouvoir des alternatives au gaz après la guerre. Des concours organisés chaque année ont mis en exergue des ressources énergétiques dites « carburants nationaux », à savoir le charbon, le charbon de bois, les produits agricoles ou issus de la distillation chimique. Le gazogène conçu par Berliet fait partie de ces solutions énergétiques.

La création du gazogène

Berliet envisage à partir de 1923 la possibilité de fabriquer un véhicule pouvant fonctionner au charbon de bois. Le constructeur met au point un système composé d’une chaudière installée à l’arrière du véhicule et reliée au moteur par deux tubes de refroidissement et d’épuration des gaz.

Cette technique née des travaux de Dietrich et Imbert a malheureusement un faible rendement énergétique et comprend de nombreux inconvénients. Le carburant est coûteux, très salissant, difficile à épurer, ce qui réduit les performances et la longévité du moteur. Ce procédé est abandonné au profit de l’usage direct du bois de boulange, un combustible utilisé sur deux Camions Berliet Armée (CBA), chargés du transport du canon de 75.

Le résultat semble un succès malgré des chaudières très encombrantes. Pour une tonne kilométrique transportée, le bois consommé n’équivaut qu’au tiers de la consommation d’une chaudière au charbon de bois. La technique est aussi moins coûteuse grâce à l’économie de la fabrication du charbon.

Berliet présente de nouvelles inventions à chaque concours des « carburants nationaux ». Le constructeur réalise en 1927 pour le compte de l’armée près de cinq cents camions équipés d’une chaudière de forme cylindrique. Le refroidissement et le nettoyage du gaz s’effectuent dans des cylindres nettoyables, placés sous le châssis. Un épurateur vertical portant des grilles garnies de liège affine le mécanisme.

L’augmentation de 30% de la cylindrée du moteur pour compenser la plus faible valeur calorifique du gaz permet d’obtenir les mêmes performances qu’avec un carburant ordinaire. Un ventilateur situé latéralement assure l’allumage rapide du moteur. Le gazogène est créé, un carburant que Berliet teste sur ses véhicules reliant Tunis à Casablanca.

L’adoption du gazogène

L’État français encourage l’adoption du gazogène à travers une exonération de taxes sur les véhicules non inclus dans le parc des camions soumis à autorisation de renouvellement. Berliet réalise à partir de 1936 une production mensuelle de quinze unités de trois à dix tonnes de charges utiles.

Pendant l’occupation allemande en 1940, le carburant (essence et gasoil) se fait rare dans la zone libre. À l’usine de Vénissieux, les ateliers aménagés commencent à produire des châssis rallongés, adaptés aux chaudières et épurateurs verticaux. On forme des tôliers et soudeurs dans de grands ateliers pour répondre aux demandes des clients qui achètent des kits composés d’équipement de combustion, d’épuration et de refroidissement, ainsi que de nouvelles pièces de moteur (pistons, culasses, distributeur, carburateurs et pipes d’admission).

Le constructeur lyonnais a produit quatre mille camions gazogènes et dix-mille ensembles de transformation lors de l’Occupation.

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